Le tourisme crée de la richesse, mais celle-ci bénéficie insuffisamment aux territoires qui l’accueillent et à leurs habitants. C’est le constat dressé par les professionnels du tourisme indépendants interrogés dans le cadre d’une enquête menée en février 2026 par GreenGo, la plateforme française du voyage local.
Premier enseignement : 40 % des professionnels interrogés estiment que l’argent généré par le tourisme en France profite principalement aux grandes multinationales, aux plateformes internationales et aux investisseurs non résidents, plutôt qu’aux acteurs locaux — hébergeurs indépendants et commerces de proximité. Ils sont 90 % à considérer que les pouvoirs publics devraient prendre davantage de mesures pour soutenir les acteurs français et locaux du tourisme face aux acteurs internationaux. Plus marquant encore, 85 % des professionnels indépendants jugent inacceptable qu’une partie des revenus de l’activité touristique soit captée par les commissions des plateformes étrangères, qu’ils perçoivent comme une forme de prélèvement sur la valeur créée localement.
À l’approche du scrutin, les professionnels du tourisme formulent une demande claire aux pouvoirs publics : prendre davantage de mesures pour soutenir les acteurs français et locaux du tourisme face aux acteurs internationaux. Dans le même esprit, les deux tiers des répondants considèrent que l’activité économique générée par le tourisme profite surtout aux zones très touristiques, telles que les stations balnéaires ou les stations de ski, plutôt qu’aux territoires moins exposés. Parmi les actions concrètes attendues au niveau communal, ils soulignent d’abord un besoin accru de communication autour de l’attractivité du territoire pour mieux répartir les flux : “promouvoir les activités de proximité, auprès des habitants comme des visiteurs internationaux, avec l’appui de la région, tout en veillant à préserver un équilibre entre développement économique et qualité de vie locale.”.
Des effets négatifs jugés insuffisamment encadrés
Au-delà du partage de la valeur, les répondants alertent sur les impacts du tourisme. Seul un quart des professionnels du tourisme estime que les collectivités territoriales pilotent efficacement le développement touristique. Les autres jugent au contraire qu’elles en subissent les conséquences sans réellement les maîtriser, et qu’elles n’agissent pas suffisamment pour en limiter les effets négatifs, qu’il s’agisse de pollution, de sur-tourisme ou de tensions sur l’accès au logement. À noter toutefois : une majorité des répondants se déclare satisfaite de l’action menée par les offices de tourisme et par leurs collectivités à l’échelle locale. Les critiques semblent donc davantage porter sur l’organisation globale du système que sur l’action opérationnelle de terrain.
Municipales : des attentes précises envers les futurs élus
Interrogés sur leurs attentes à l’égard des futures équipes municipales, les professionnels du tourisme identifient plusieurs priorités structurantes pour les années à venir :
● Investir dans la transition écologique du territoire (58 %) ;
● Investir dans les infrastructures locales (logement, voirie, transports) pour 49 % ;
● Mieux réguler les plateformes (33 %). Ils insistent sur la nécessité de sécuriser l’accès à la location longue durée pour les résidents, afin d’éviter que l’attractivité touristique ne fragilise le marché du logement.
● Enfin, ils appellent à une meilleure valorisation du patrimoine naturel, à travers le développement des axes de randonnée et des itinéraires cyclables, ainsi que par une protection renforcée des sites naturels.
Un signal politique à deux semaines des municipales Cette enquête met en lumière une tension centrale du débat local : le tourisme est perçu comme une richesse produite localement mais partiellement captée par des acteurs extérieurs, tandis que ses effets négatifs restent supportés par les territoires. Pour les professionnels interrogés, l’enjeu n’est pas de réduire le tourisme, mais d’en réancrer la valeur, de mieux en maîtriser les impacts et de renforcer le rôle des communes dans son pilotage.