VALÉRIE DEBORD, VICE-PRÉSIDENTE DE LA RÉGION, GRAND EST À L’EMPLOI, LA FORMATION, L’ORIENTATION, L’APPRENTISSAGE ET L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
Dans le cadre du Pacte pour les ruralités, engagé en avril 2024, la Région Grand Est œuvre pour la formation de secrétaires de mairies et la structuration de ce métier essentiel à la vie locale. Une aide précieuse pour les communes rurales qui peinent à recruter. ENTRETIEN avec Valérie Debord, vice-présidente de la région Grand Est à l’Emploi, la Formation, l’Orientation, l’Apprentissage et l’Enseignement supérieur
Pour quelles raisons la région a-t-elle pris cette question à bras-le-corps ?
Le président Leroy et les élus du conseil régional ont souhaité faire de la ruralité un pilier fort de l’action régionale. C’est pourquoi nous avons lancé le Pacte pour les Ruralités, doté de 800 millions d’euros, dont l’objectif est de permettre aux communes rurales et à leurs citoyens de ne pas se sentir déclassés, comme ils peuvent l’exprimer par moments, en termes d’accompagnement, de mobilité ou même de formation. La formation des secrétaires généraux de mairie est un des axes prioritaires de ce pacte. En effet, le Grand Est compte 4553 communes rurales. C’est une question essentielle.
En quoi consiste le dispositif de formation de secrétaires généraux de mairie ?
Face aux difficultés rencontrées par de nombreuses communes rurales pour recruter des secrétaires généraux de mairie et pour faire suite à la loi n° 2023- 1380 du 30 décembre 2023 visant à revaloriser ce métier, la région a décidé d’expérimenter un dispositif de formation sur six territoires identifiés : Epinal, Saint-Dizier, Bar-le-Duc, Thionville, Châlons-en-Champagne, Longwy, Chaumont et le sud de Nancy. Nous finançons depuis plusieurs années des formations aux métiers des services administratifs et financiers. Cette année nous avons voulu, au titre du programme régional de formation, de prévoir 95 places spécifiquement pour le métier de secrétaire général de mairie pour un montant de 373 000 €.
Comment sont organisées les formations ?
Cette formation s’adresse à des demandeurs d’emploi d’un niveau bac minimum. Elle est organisée en partenariat avec le Centre de Gestion de la Marne (CDG51) qui intervient dans l’identification des candidats potentiels, l’organisation des périodes de formation et le recensement des emplois à l’issue du cursus. La formation s’articule autour des principales missions du métier: accueil de la population, gestion administrative et financière, ressources humaines, soutien à la vie associative, conduite de projets et communication. Il s’agit d’une formation en alternance avec une immersion en mairie, où les stagiaires sont accompagnés par des tuteurs, eux-mêmes secrétaires de mairie en poste. Ce format leur permet d’apprendre le métier au plus près de la réalité quotidienne des communes. Le premier bilan est positif: 100 % des stagiaires se sont présentés à l’examen, 70 % ont obtenu la certification et 60 % ont retrouvé un emploi dans les deux mois. Nous allons reconduire l’opération en 2026 parce que les besoins sont importants. Les maires sont satisfaits du dispositif qui permet de répondre à une demande de leur part. Nous mettons en place à notre niveau des financements importants pour y répondre, mais ce n’est pas la seule condition. L’identification des candidats en amont est importante, ce que fait le centre de gestion. C’est un projet partenarial, à mener en lien avec les communes rurales où les secrétaires de mairie occupent une place essentielle. Il s’agit de montrer aux stagiaires tout l’intérêt communes de la polyvalence du métier de secrétaire général de mairie, véritable bras droit du maire.
La Région prévoit de former 400 secrétaires de mairie d’ici 2027. Quelles seront les conditions de la
réussite de ce projet ?
Nous mettons en place à notre niveau des financements importants pour y répondre, mais ce n’est pas la seule condition. L’identification des candidats en amont est importante, ce que fait le centre de gestion. C’est un projet partenarial, à mener en lien avec les communes rurales où les secrétaires de mairie occupent une place essentielle. Il s’agit de montrer aux stagiaires tout l’intérêt communes de la polyvalence du métier de secrétaire général de mairie, véritable bras droit du maire.
Quels sont les enjeux du recrutement des secrétaires généraux de mairie aujourd’hui ?
Les secrétaires généraux de mairie sont essentiels. Leur présence aide à maintenir des compétences de plus en plus complexes au sein des communes rurales, en matière d’organisation et de supervision, de gestion des budgets, de ressources humaines, d’instruction et de suivi des dossiers, de rédaction d’actes administratifs,
etc. Et cet apport est nécessaire pour accompagner le maire et son conseil municipal dans la réalisation du projet de mandat.
Quelle est la vocation du Pacte des ruralités qui a permis l’émergence du dispositif de formation à destination des secrétaires généraux de mairie ?
Le Pacte pour les Ruralités, c’est un engagement fort de la Région pour répondre aux difficultés ainsi qu’aux enjeux que connaissent les ruralités du Grand Est. Nous sommes convaincus qu’habiter en ruralité est une chance, et que le rôle de la Région est d’accompagner les territoires ruraux, notamment en termes de services et d’ingénierie, pour assurer l’égalité des chances et la liberté d’entreprendre de tous. Quelques exemples: En termes de santé, nous créons actuellement un dispositif d’accueil pour des médecins salariés qui interviendront dans les territoires sous-denses totalement dépourvus de compétences médicales. Autre
exemple, la région propose des aides « coup de pouce » aux communes pour proposer un accompagnement financier de 10 000 ou 15 000 euros pour de petits travaux comme refaire la peinture d’une salle communale
ou réparer une chaudière: des petits travaux du quotidien, très concrets. Il s’agit de financer à hauteur de 30 % ou 40 % des projets que personne d’autre ne finance. Cette aide qui fonctionne très bien représente quelques dizaines de millions sur l’année 2025. Nous avons ainsi apporté une réponse aux maires et aux conseils municipaux qui se battent au quotidien pour leurs communes et parfois se sentent délaissés. Ce Pacte pour la Ruralité, c’est la continuité de notre action engagée depuis 2016 avec notre plan fibre. Et les résultats sont là: nous sommes aujourd’hui la première région fibrée de France. Cela participe d’un accompagnement des territoires ruraux qui peuvent alors attirer des entreprises et des familles. C’est un facteur d’attractivité majeur.
Propos recueillis par Blandine KLAAS